mar 20 2008

Bâtir le nouveau PS

Publié par admin dans Documents et outils

 

Depuis 1962, chaque élection présidentielle est un échec pour le Parti socialiste. Battu sept fois sur neuf, il ne doit qu’à François Mitterrand d’avoir emporté une élection qui semble avoir été conçue pour lui échapper. Il n’y a là aucun hasard, bien au contraire. Tel qu’il est organisé, notre parti est incompatible avec la logique de l’élection présidentielle. La personnalisation de l’enjeu et la pipolisation envahissante du débat sont d’autant plus éloignées des traditions de notre parti que celui-ci, parlementaire de culture, s’est construit contre la logique présidentielle de la Ve République. 

Dans son organisation, il a essayé, tant bien que mal, d’en refuser les contraintes. Il prétend choisir son candidat à l’élection présidentielle librement et sans pression de l’opinion, élaborer en lui-même un projet et négocier des alliances avec les partis alliés du moment, transposant dans la République d’aujourd’hui la culture des partis politiques souverains issue de la IIIe République parlementaire. Son code génétique en découle : représentation proportionnelle en interne de courants plus soucieux de se disputer des parts de marché idéologiques que de fédérer autour d’un projet commun, ce qui rappelle les modes de cohabitation des sept sensibilités socialistes qui, en 1905, constituèrent la Ire SFIO ; unité  qui ne s’exprime que dans l’opposition au pouvoir (et encore !), défiance à l’égard du candidat investi, tenu à l’observation stricte de la ligne du parti. Avec de tels fers aux pieds, le plus agile des candidats présidentiels est condamné d’avance : impossible unité, conflits programmatiques et organisationnels récurrents entre le candidat et le parti, difficulté à assumer collectivement un projet décomplexé de gouvernement. 

A organisation inchangée, cette fatalité de l’échec produit de la contradiction entre logique présidentielle et tradition parlementaire est inéluctable. Elle condamne par avance ceux ou celles d’entre nous qui souhaitent être candidat à l’élection, leur investiture par le parti découlant de stratégies impossibles. Soit ils décident de s’engager tête baissée dans les délices des luttes internes, contribuant à fractionner un peu plus un parti qui n’en a pas besoin. Maximisant leurs différences avec leurs rivaux potentiels, au prix d’inconfortables contorsions, ou préférant émasculer le projet de réforme qu’ils peuvent incarner pour se revendiquer de la fidélité aux dogmes,  ils sont assurés de perdre deux fois : en audience dans le parti puisqu’ils se sont singularisés, et en crédit dans l’opinion publique du fait de leur préférence pour les private joutes. Soit, au contraire, ils émergent en délaissant les luttes de congrès pour prendre appui sur l’opinion publique et faciliter ainsi leur investiture. Mais, sitôt désigné, le candidat sera victime des mêmes causes : Soit il acceptera d’être sous contrôle du parti, se reniera donc… et perdra. Soit il s’y refusera… et perdra aussi.

Voila pourquoi s’en tenir à la simple rénovation du Parti socialiste, pourtant revendiquée à l’unisson, c’est consolider la machine à perdre. Car la seule rénovation de la plateforme programmatique, la redéfinition d’une ligne politique claire, la génuflexion devant les « réalités du marché », de la mondialisation et de l’individualisation seront vaines tant que n’aura pas été tranchée la question de l’adaptation même  du Parti socialiste à la Ve République présidentielle. Autant que d’un déficit idéologique, le PS souffre d’un travers ontologique qui le rend inapte à agir dans un système politique fondé sur le présidentalisme.

Pour avoir une chance de remporter une élection présidentielle, le Parti socialiste devra donc repenser son rôle et adapter son fonctionnement à cette réalité.

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fév 21 2008

La longue marche des Reconstructeurs

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Lasses de s’entredéchirer, plusieurs sensibilités du PS ont décidé de faire alliance afin de former un nouveau courant. Après de multiples -et improbables-réunions, les « reconstructeurs » sont nés. Récit d’un accouchement difficile.

Au PS, c’est comme dans « Astérix » : on peut se quereller le jour et se réconcilier le soir lors d’un banquet. Le 4 février, une trentaine de socialistes ont joué aux Gaulois version Goscinny et Uderzo. D’abord, au congrès réuni à Versailles, ils se déchirent. A la place de poissons avariés, ils se lancent à la figure leur vote : certains approuvent la révision de la Constitution en vue d’adopter le traité européen, d’autres s’abstiennent. Ensuite, place au banquet. Il se tient le soir chez Thoumieux, une brasserie années 30, autour de grandes tables. En guise de sanglier, on partage un boeuf bourguignon. Tous les convives ne viennent pas du même village : une partie est issue de la strauss-kahnie, l’autre fait partie du cercle d’Arnaud Montebourg. Mais tous vont faire un pacte : former un seul village.

La décision est prise au dessert. Montebourg écarte sa salade de fruits, se lève et lance : « Nous allons écrire un nouvel âge du socialisme. Nous allons rédiger une contribution commune lors du prochain congrès ! » Murmures d’approbation dans la salle. Les « reconstructeurs », comme ils se baptisent, sont en marche. Les troupes fabiusiennes et les amis de Martine Aubry pourraient les rejoindre. Leur objectif : éviter que le prochain congrès ne serve à désigner le candidat socialiste à la présidentielle-qu’il s’appelle Royal, Delanoë ou Tartempion. Dans ce cas, disent-ils, le combat des chefs l’emportera sur celui des idées. Et une quatrième déculottée consécutive à la présidentielle est garantie.

Sur le calendrier socialiste, le 4 février est à marquer d’une pierre rose : dans le plus grand secret, un nouveau courant vient de naître. L’accouchement fut dur. Au début, il y a un big bang. Après la double défaite du printemps 2007, les particules s’agitent autour de Solferino. La jeune génération veut casser les chapelles, coupables selon elle de la décrépitude du parti. Tout le monde voit tout le monde, à la recherche d’atomes crochus. Deux jours après sa courte victoire aux législatives, Montebourg se rend un petit matin au Train bleu. Sous les moulures de la brasserie de la gare de Lyon, il a rendez-vous avec d’autres jeunes députés, dont Manuel Valls et Gaëtan Gorce. Autour d’un petit déjeuner, ils décident de secouer le vieux parti d’Epinay. Rendez-vous est pris en juillet, à Evry, pour une première assemblée avec d’autres rénovateurs.

Durant tout l’été, les réunions se multiplient, parfois inattendues. Ainsi, à la mi-juillet, une rencontre insolite se tient dans une salle surchauffée, Rue de Solferino : de jeunes strauss-kahniens parlent à de jeunes emmanuellistes ! Autrement dit, l’aile droite du PS, représentée entre autres par Laurent Baumel, discute avec l’aile gauche, emmenée par Benoît Hamon. L’entrevue se déroule bien. Mais elle n’aura pas de suite . Très vite, Henri Emmanuelli rattrape ses troupes par le col. On peut rénover, mais pas avec n’importe qui…

« Le péril doit être bien grand pour qu’on soit tous réunis ici ! » Entre les jeunes, c’est le début des ennuis. Dès l’été, la bande d’Evry se délite. Aurélie Filippetti retourne auprès de Ségolène Royal et Anne Hidalgo rentre chez Bertrand Delanoë. Puis Montebourg et Valls divorcent. Fin août, lors de la Fête de la rose de Frangy, ils plaisantaient comme deux vieux copains sous le soleil de la Bresse. Mais, à la rentrée, le député de Saône-et-Loire juge les déclarations de Valls trop droitières. « Je ne veux plus être engagé par Valls ! » enrage Montebourg en privé. « Les jeunes poissons sont sur le sable », s’amuse Jean-Christophe Cambadélis. Il va se faire un plaisir de les ramasser dans son épuisette, avec l’aide de Claude Bartolone, premier lieutenant de Laurent Fabius.
Depuis le printemps, ces deux-là sont aux aguets. Un coup de chance les a rapprochés : au troisième étage de l’Assemblée nationale, le bureau de Bartolone jouxte celui de DSK. Dépité par la campagne de Royal, Dominique Strauss-Kahn boude la vie politique. « Camba » annexe alors son bureau. Entre deux dossiers, il discute avec « Barto ». Au fil des échanges, le strauss-kahnien et le fabiusien enterrent la hache de guerre. « On était d’accord sur bien des choses : le parti devait se remettre en état de réfléchir, et il fallait empêcher la pipolisation. C’est elle qui a conduit l’opinion publique à désigner notre candidate à la présidentielle », témoigne Bartolone. Les deux nouveaux amis partent à la recherche d’alliés. Durant l’été, ils multiplient les contacts avec les proches de François Hollande, de Delanoë mais aussi de Royal. « On se renifle », dit drôlement Pierre Moscovici, autre fidèle de DSK. Durant ses vacances aux Etats-Unis, Bartolone s’informe des manoeuvres en cours. Mais c’est Cambadélis qui accélère : il décide, en accord avec DSK, de conduire la voiture-balai qui va ramasser les rénovateurs.

Sa première prise, c’est Montebourg, décidé à en finir avec sa position de minoritaire au sein du PS. Les fiançailles se déroulent fin octobre, dans une salle de l’Assemblée. D’autres prétendants au mariage sont venus discuter : les fabiusiens et quelques proches d’Emmanuelli, dont Hamon. Valls et, surtout, Gorce sont mis à l’écart. Pas assez souples pour entrer dans la danse ! Julien Dray, approché, décline : il mijote déjà sa candidature au poste de premier secrétaire, officialisée ce week-end. Quant à Aubry, sollicitée par « Camba », elle hésite. Certes, elle veut empêcher Royal de prendre le parti. Mais elle reste proche de Delanoë, autre candidat plausible au poste de premier secrétaire. Finalement, la veille du conclave, elle recule.
Dès lors, la conjuration vacille. Chez les fabiusiens, une poignée d’élus comme Paul Quilès tirent à boulets rouges sur cette troisième force, la jugeant artificielle. « Laissez-lui le temps de se développer », leur répond Fabius. La fronde mine aussi les strauss-kahniens, dont une partie refuse l’alliance avec les fabiusiens, les ennemis d’hier. DSK, qui réunit une fois par mois ses troupes à Paris, calme le jeu : « Il faut continuer les alliances pour être majoritaires au congrès », leur demande-t-il.

Jugulées par ces deux poids lourds, les mutineries s’estompent. L’édifice est consolidé. Il est temps de faire à nouveau de l’oeil à la maire de Lille, dont la stature peut renforcer l’attelage. Début décembre, Bartolone, Cambadélis, Hamon et quelques autres prennent leur billet de TGV pour Lille. Une semaine avant le voyage, coup de fil d’Aubry : « Vous êtes cinq, je suis seule. C’est moi qui viens ! » Rendez-vous est pris le 19 décembre au Terminus Nord. Mais, en arrivant dans la brasserie, les conjurés s’étranglent : alors que les agapes doivent rester confidentielles, une équipe de journalistes est présente. « On s’est tous regardés en disant : “Qui est l’imbécile qui a alerté la presse ?” », raconte Bartolone. L’énervement retombe vite : les journalistes réalisent un documentaire sur la gare, en face du restaurant… Pendant le repas, Aubry donne quitus aux conjurés. « Elle a dit qu’il fallait à tout prix éviter le choc des présidentiables et constituer un nouveau coeur de parti », raconte l’un de ses proches, François Lamy. Lors du déjeuner, elle accepte aussi de participer à la prochaine réunion, organisée un dimanche de janvier au Sénat. Tout est minutieusement préparé : chaque sensibilité doit venir avec une dizaine de membres. Les strauss-kahniens, décidés à montrer leurs muscles, dépassent le quota fixé. Les fabiusiens et les emmanuellistes, toujours circonspects, arrivent en équipage réduit. Au total, la salle compte entre 70 et 80 élus socialistes. A la tribune, Hamon plaisante. « Le péril doit être bien grand pour qu’on soit tous réunis ici ! » lance-t-il, goguenard. Dans la salle, certains sortent leur mobile pour photographier la tribune où se pressent, tout sourire, les adversaires d’hier : Hamon, Bartolone, Cambadélis, Aubry et Montebourg. « C’était la photo impossible ! » rigole le député du Gers Philippe Martin.

Assis dans les premiers rangs, Moscovici envoie sans se cacher des textos. Depuis le début, le député du Doubs n’est pas emballé par cette alliance. D’ailleurs, il partira avant la fin de la réunion. « Au Sénat, j’ai fait la sieste », ironise-t-il. Aubry, en revanche, se montre pugnace. « Je ne veux pas revivre la période de la présidentielle, où tout le monde s’est marqué à la culotte et a laissé partir Ségolène Royal », prévient-elle de la tribune. Consensuelle, elle explique aussi que la cicatrice européenne peut guérir : « Nous sommes tous ici pour l’Europe, nous avons juste des divergences tactiques pour la construire. Repartons sur de nouvelles bases. »

Pourtant, le plus dur est à venir. Après les municipales, cette coalition hétéroclite a promis de nommer un porte-parole. Il incarnera son candidat au poste de premier secrétaire, tout en s’engageant à ne pas être candidat à la présidentielle. Des noms émergent : Cambadélis, Bartolone, Montebourg, Aubry, Hamon… Problème : aucun ne s’impose. Dans la dernière ligne droite, un outsider pourrait coiffer tout le monde au poteau : Marylise Lebranchu, ex-garde des Sceaux de Lionel Jospin.

Autre difficulté, et de taille : les idées. Depuis six mois, les plumes des différents camps ont rédigé, parfois en commun, des textes exposant leur vision du parti et du socialisme. Un consensus mou, raillent les contempteurs de l’alliance. « Leur seul objectif, c’est de préparer le retour de Strauss-Kahn et de Fabius », dit-on dans l’entourage de Hollande. Plus ennuyeux, les troupes sont toujours divisées au sein de chaque camp. « Après la réunion du Sénat, des proches de Strauss-Kahn ont dit : “C’est fini, on ne reviendra plus !” », confie un témoin. Pas facile, décidément, de faire le grand écart entre les sensibilités ! C’est le discours d’Emmanuelli. « Echanger avec tout le monde, c’est normal, observe le député des Landes entre deux bouffées de Gitanes. Mais il faut parler du fond. C’est pourquoi je ne suis pas sûr qu’on arrive à une motion commune au congrès. »

La troupe pourrait donc continuer son chemin divisée : d’un côté, les amis d’Emmanuelli avec ceux de Fabius ; de l’autre, les proches de Strauss-Kahn et de Montebourg. Au congrès, lors du sprint final, les deux factions pourraient se réunir pour former une « puissance de feu », explique le député Christian Paul. « On va gagner le congrès ! » assure l’un des ténors des reconstructeurs. Mais, comme dans Astérix, ils auront peut-être besoin d’un petit coup de pouce : une gorgée de potion magique.

Nicolas Revol, Le Point du 21 février 2008

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fév 04 2008

Les socialistes rassemblés sur l’Europe, c’est possible

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N’en déplaise aux commentateurs, les socialistes ne sont pas fondamentalement divisés sur le projet européen. Pour s’en rendre compte, encore faut-il s’abstraire des jeux d’appareils d’hier et regarder en face la réalité d’aujourd’hui. Socialistes, nous sommes tous des proeuropéens convaincus et nous ne nous satisfaisons pas de l’Europe telle qu’elle va. Notre projet est celui d’une Europe démocratique et solidaire.

C’est au nom de cet idéal, et même si nous mesurons le chemin parcouru, que nous critiquons ce que l’Europe tend à devenir : un marché sans horizon politique, sans réelle solidarité, où la concurrence sociale et fiscale est la principale politique de convergence. Si nous nous sommes opposés et parfois déchirés sur le traité constitutionnel, puis sur l’adoption du traité de Lisbonne, ce n’est pas au nom de conceptions divergentes de l’Europe, mais en raison d’une appréciation différente de la stratégie à adopter : le pari du compromis immédiat pour les uns, le pari du rapport de force pour les autres. Nous partagions un même but stratégique : approfondir l’unification européenne pour répondre à la mondialisation.

Les partisans du oui ont pensé préférable d’adopter un compromis insatisfaisant pour avancer tandis que ceux du non jugeaient indispensable d’exprimer leur désaccord pour rendre possible une réorientation de l’Europe. Dans les deux cas, il s’agissait d’un pari sur l’avenir, aucun camp ne peut prétendre avoir eu intégralement raison. La suite des événements a pu confirmer les uns et les autres dans leur approche. Si cette différence d’appréciation a débouché sur une incontestable fracture, c’est qu’elle a été exploitée tant par l’ultragauche que par certains dirigeants socialistes. Nous voulons éviter que le champ de bataille du passé ne vire au champ de ruine de l’avenir. Nous nous appuyons sur une certitude : jamais le débat, artificiellement gonflé par le contexte politique interne du Parti socialiste, n’a porté entre nous sur les objectifs de la construction européenne.
D’ici quelques semaines, la question du mini traité sera derrière nous. Il est peu probable que le dossier institutionnel - voire constitutionnel - soit rouvert à brève échéance. Jusqu’à présent, nous avons toujours envisagé notre projet européen dans la perspective de nouveaux traités débouchant en même temps sur un approfondissement institutionnel et politique. Dans l’Europe à 27, et pour plusieurs années, l’ère des grands traités fondateurs est close. Seules seront possibles des avancées sur des projets concrets. Nous le regrettons, mais c’est un fait. Alors que le nouveau traité ne changera rien aux politiques mises en œuvre, c’est sur celles-ci que nous devons désormais nous concentrer. L’essentiel est de convaincre nos partenaires, non par une attitude agressive et agitée - celle contre-productive de l’actuel président de la République -, mais par la constance et la cohérence. Alors que le spectre d’une récession mondiale se profile, concentrons-nous sur les enjeux économiques et sociaux. Plusieurs avancées sont à la fois urgentes et possibles.

Les socialistes français doivent être à la pointe du combat pour la réforme de la gouvernance de la zone euro. L’Eurogroupe - autorité politique - doit monter en puissance et s’investir dans un dialogue permanent avec la BCE, et il ne tient qu’à lui de le faire. Les objectifs d’inflation et de taux de change doivent être fixés dans ce cadre. Tout en respectant son indépendance imposée par les traités, l’action de la BCE peut et doit être mieux coordonnée avec l’autorité politique. Un marché unique sans politique de convergence sociale vers le haut est voué à une concurrence vers le bas, ce qui n’est pas tenable à long terme pour nos entreprises, nos emplois, nos territoires, sans oublier nos finances publiques. Les socialistes français doivent proposer une stratégie par étapes, moyennant des compensations. Cela implique une nouvelle ambition pour les politiques structurelles. Le budget de l’Union devrait être porté pour cela à son plafond légal, 1,24 % du PIB, alors qu’il n’est aujourd’hui qu’à 1 %. L’Union doit également s’investir dans la recherche et l’innovation, dont le pilotage serait beaucoup plus efficace à son niveau. Nous proposons de créer une coopération renforcée pour gérer un budget commun et créer un espace européen unifié pour les entreprises innovantes et les chercheurs. L’environnement, les biotechnologies et l’économie de l’immatériel pourraient être les priorités de cette politique. Ils donneraient à la construction européenne un élan comparable à celui que la Communauté du charbon et de l’acier avait donné aux premières heures de l’Union.

Des inflexions importantes doivent être apportées, enfin, à la politique commerciale de l’UE. Plus réactive, elle devrait se fixer pour objectif le juste échange plutôt que le libre-échange. Il ne s’agit en aucun cas de protectionnisme, mais d’une stratégie gagnante pour tout le monde : éviter les à-coups pour nos entreprises et conditionner l’ouverture à des progrès sociaux et environnementaux effectifs du côté des pays émergents. Ces quatre priorités, que tous les socialistes partagent, peuvent être mises en œuvre dans le cadre des traités existants. Tout est question de volonté politique et de force de conviction.

A nous de convaincre nos partenaires, à commencer par le PSE. Si ces mesures étaient mises en œuvre, elles changeraient le visage de l’Europe, qui deviendrait un espace de croissance et d’influence, d’avant-garde économique et de progrès social. Sur ces questions - comme sur les autres - le PS doit maintenant se mettre au travail pour préciser les propositions et engager le travail de reconquête intellectuelle. Jeunes responsables du Parti socialiste, nous sommes convaincus que la rénovation nécessaire de la gauche ne peut passer par la reproduction à l’infini et l’exacerbation des divergences qui se sont manifestées au cours des années précédentes. Après que le Congrès, réuni à Versailles, a voté, nous voulons surmonter le traumatisme de la division, nous rassembler pour reprendre le travail en commun, aller de l’avant. C’est ce que nous nous engageons à faire en appelant tous les socialistes de bonne volonté à nous rejoindre.

Tribune parue dans Libération daté du 4 février 2008 et signée par : GUILLAUME BACHELAY membre du bureau national, LAURENT BAUMEL responsable national aux études, PASCALE BOITARD membre du bureau national, DIDIER CUJIVES secrétaire national du MJS, ALEXIS DALEM corédacteur en chef de «la Revue socialiste», MARIETTA KARAMANLI députée, FRANÇOIS KALFON membre du conseil national, FLORA LABOURIER secrétaire national du MJS, SANDRINE MAZETIER députée, CLAUDE ROIRON membre du bureau national.

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nov 24 2007

Les socialistes français et le pouvoir : L’ambition et le remords

Publié par admin dans A lire

Le débat que mènent et mèneront les socialistes pour les années qui viennent est le plus important de leur histoire depuis les congrès de Tours en 1920 et d’Epinay en 1971. Ce livre montre que, depuis sa création en 1905 et l’élaboration de la ” synthèse ” jaurésienne qui lui a donné ses caractères originels, l’évolution du socialisme français vers le réformisme est évidente. Mais, elle s’est faite de manière chaotique. Faute d’avoir établi une cohérence politique partagée, malgré les occasions offertes en 1946, en 1983 ou après 1989, avec l’échec patent du communisme, les socialistes ont mal vécu leur rapport au pouvoir et mal mesuré les évolutions intervenues durant la dernière décennie dans la société. Pour cette édition, une longue postface inédite analyse les deux années écoulées depuis 2005 et tire les enseignements des élections de 2007. Les auteurs y dessinent les pistes d’un renouveau, qui, au-delà du Parti socialiste, commande largement l’avenir de la politique française.

Alain Bergounioux, inspecteur général de l’Education nationale, est l’auteur de plusieurs ouvrages et études sur l’histoire du socialisme et du syndicalisme en France et en Europe. Gérard Grunberg, politologue, est directeur de recherche au CNRS (Centre de recherches politiques de Sciences Po).

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sept 24 2007

Rénover le Parti Socialiste - un défi impossible ?

Publié par admin dans A lire

Au-delà des facteurs personnels, la défaite de 2007 s’explique par l’incapacité du Parti socialiste à proposer un compromis fédérateur dans une société fragmentée et séduite par le populisme. Le Parti socialiste de ce début de siècle n’a plus de doctrine, plus de projet historique. Le cycle 2002-2006 a été inutile et Ségolène Royal n’a rien fait avancer d’essentiel. La priorité est d’identifier les vraies questions, de revenir à ” l’agenda réel ” de la rénovation. Le Parti socialiste ne pourra avancer que s’il se décide enfin à privilégier le réel sur les postures, à trancher ses vraies divergences, si ses dirigeants s’investissent dans le débat d’idées et maîtrisent leurs compétitions personnelles. L’optimisme reste alors permis. La rénovation n’est pas un défi impossible. Mais le temps presse…

Laurent Baumel, 43 ans, responsable national aux études du Parti socialiste, a déjà publié L’année zéro de la gauche, Michalon 2003 (avec Laurent Bouvet) et Fragments d’un discours réformiste, l’Aube 2006.


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juin 27 2007

Une élection imperdable

Publié par admin dans A lire

Cinq années de chiraquisme, plombées par la crise des banlieues, du CPE et l’affaire Clearstream. Un Président et un Premier ministre moribonds, lâchés par l’opinion. Une candidate charismatique, donnée gagnante par tous fin 2006. Un adversaire de droite qui multiplie les dérapages et fait figure d’épouvantail pour nombre de Français…

Puis, le 6 mai 2007, une défaite cinglante. La troisième, d’affilée, à une présidentielle. Combien d’élections ” imperdables ” la gauche devra-t-elle encore perdre avant d’espérer l’emporter ?
Claude Bartolone ne croit ni à la malédiction ni à la malchance. Parce qu’il a suivi la campagne socialiste au jour le jour, parce qu’il en connaît les acteurs et les coulisses, il apporte aujourd’hui un témoignage sans complaisance sur les erreurs stratégiques qui ont transformé le PS en ” machine à perdre “. Sans ménager Ségolène Royal ni les responsables de cette déroute, il livre son analyse et dessine les conditions de la nécessaire reconstruction de la gauche.

Claude Bartolone, né en 1951 à Tunis, est député de Seine-Saint-Denis. Ministre de la Ville de 1998 à 2002, il a été chargé des relations avec la presse lors de la campagne présidentielle 2007. Gérard Leclerc, rédacteur en chef à France 3, est l’auteur, notamment, de La Guerre des deux roses (La Table ronde, 2006), ainsi que d’entretiens avec jean-Louis Borloo (L’Architecte et l’Horloger, éd. du Moment, 2006).

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juin 23 2007

Parti pris : Chroniques de la présidentielle chez les socialistes

Publié par admin dans A lire

” Le PS battu. ” ” La gauche à terre. ” ” Le PS à refonder. ” Autant de titres sur la crise majeure que traverse le Parti socialiste. Jean-Christophe Cambadélis, l’un des acteurs de la campagne présidentielle au PS, décrit les dessous d’une débâcle. Comment Ségolène Royal s’est imposée comme candidate ; les coulisses de cette désignation sans pareille; le déroulement de cette ascension ; les clans; les guerres ; les stratégies ; le rôle plus que déroutant du premier secrétaire. Tout cela, l’auteur le raconte dans ses moindres détails. Le lecteur va plonger au cœur de ces intrigues, de ces querelles, jusqu’à la campagne proprement dite, avec ses rebonds, ses errements, ses incohérences ; jusqu’à la tentation centriste et jusqu’à la… défaite finale. Hollande, Fabius, DSK et les autres… Une pièce de théâtre d’un nouveau genre. Et demain ?

Militant au Parti socialiste depuis 1986, élu député de Paris en 1988, Jean-Christophe Cambadélis a déjà publié L’Avenir de la gauche plurielle, en 1999, Le Chuchotement de la vérité, en 2000, et L’Etrange Echec, dans la collection “Les Notes de la Fondation Jean-Jaurès “, en 2002, tous parus chez Plon.

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mai 11 2007

Le contrat de rénovation

Publié par admin dans Documents et outils

Au-delà des responsabilités et des dysfonctionnements de quelque nature que ce soit, la défaite présidentielle de 2007, la troisième consécutive, renvoie aux lacunes fondamentales, idéologiques et programmatiques des socialistes français.

Malgré la mobilisation des jeunes, des cités, la reconquête d’une partie des votes populaires, nous n’avons pas répondu aux attentes essentielles des français : la protection face à la mondialisation, la préservation de la sécurité sociale, la juste répartition des revenus et des prélèvements, la place, la valeur et juste rémunération du travail, la garantie de la promotion individuelle, l’articulation des droits et des devoirs… Face à un Sarkozy organisant les divisions internes des couches populaires et moyennes, nous n’avons pas su proposer à l’ensemble de notre base électorale un nouveau pacte social et territorial fédérateur.

Nous pensons aussi que si les objectifs précis que nous poursuivons - réduire les inégalités, protéger collectivement des aléas de la vie, renforcer l’égalité réelle par l’augmentation et la démocratisation de l’éducation et de la formation - restent pertinents, nous devons inventer les moyens d’en garantir l’effectivité pour tous et la pérennité financière. Dans le capitalisme d’aujourd’hui, il ne suffit pas d’affirmer pour réformer. Il faut définir des stratégies d’action ciblées, rechercher des résultats perceptibles concrètement par les individus et évaluer en permanence. Inventer de nouveaux modes d’action est une condition de notre rénovation.

Miser sur les difficultés de Sarkozy, la dégradation de sa popularité, ne suffira pas. Nous ne devons pas réitérer l’expérience stérile des années 2002-2006 qui nous a conduit d’une défaite à une autre. Nous devons désormais prendre à bras le corps le véritable agenda de la rénovation. Trente cinq ans après Epinay et près de vingt ans après la chute du mur de Berlin, nous devons réviser notre doctrine pour clarifier nos principes, refonder le clivage gauche / droite, et répondre aux nouveaux défis historiques posés par la mondialisation, les chocs écologiques, l’individualisation sociale et culturelle, la crise de l’Etat social et du modèle républicain.

Ce défi ne peut être relevé que collectivement. Il suppose un travail approfondi et sincère qui dépasse les jeux de rôles traditionnels et les contradictions artificielles, un processus politique qui fasse le pari des idées avant celui des stratégies personnelles. C’est le sens et l’ambition de la démarche que nous avons décidé d’entreprendre ensemble.

Nous convergeons sur le diagnostic fondamental, le sentiment de l’urgence de sauver le parti socialiste en le rassemblant et en le faisant muter en profondeur.

Télécharger le contrat de rénovation

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