mar 20 2008
Bâtir le nouveau PS
Depuis 1962, chaque élection présidentielle est un échec pour le Parti socialiste. Battu sept fois sur neuf, il ne doit qu’à François Mitterrand d’avoir emporté une élection qui semble avoir été conçue pour lui échapper. Il n’y a là aucun hasard, bien au contraire. Tel qu’il est organisé, notre parti est incompatible avec la logique de l’élection présidentielle. La personnalisation de l’enjeu et la pipolisation envahissante du débat sont d’autant plus éloignées des traditions de notre parti que celui-ci, parlementaire de culture, s’est construit contre la logique présidentielle de la Ve République.
Dans son organisation, il a essayé, tant bien que mal, d’en refuser les contraintes. Il prétend choisir son candidat à l’élection présidentielle librement et sans pression de l’opinion, élaborer en lui-même un projet et négocier des alliances avec les partis alliés du moment, transposant dans la République d’aujourd’hui la culture des partis politiques souverains issue de la IIIe République parlementaire. Son code génétique en découle : représentation proportionnelle en interne de courants plus soucieux de se disputer des parts de marché idéologiques que de fédérer autour d’un projet commun, ce qui rappelle les modes de cohabitation des sept sensibilités socialistes qui, en 1905, constituèrent la Ire SFIO ; unité qui ne s’exprime que dans l’opposition au pouvoir (et encore !), défiance à l’égard du candidat investi, tenu à l’observation stricte de la ligne du parti. Avec de tels fers aux pieds, le plus agile des candidats présidentiels est condamné d’avance : impossible unité, conflits programmatiques et organisationnels récurrents entre le candidat et le parti, difficulté à assumer collectivement un projet décomplexé de gouvernement.
A organisation inchangée, cette fatalité de l’échec produit de la contradiction entre logique présidentielle et tradition parlementaire est inéluctable. Elle condamne par avance ceux ou celles d’entre nous qui souhaitent être candidat à l’élection, leur investiture par le parti découlant de stratégies impossibles. Soit ils décident de s’engager tête baissée dans les délices des luttes internes, contribuant à fractionner un peu plus un parti qui n’en a pas besoin. Maximisant leurs différences avec leurs rivaux potentiels, au prix d’inconfortables contorsions, ou préférant émasculer le projet de réforme qu’ils peuvent incarner pour se revendiquer de la fidélité aux dogmes, ils sont assurés de perdre deux fois : en audience dans le parti puisqu’ils se sont singularisés, et en crédit dans l’opinion publique du fait de leur préférence pour les private joutes. Soit, au contraire, ils émergent en délaissant les luttes de congrès pour prendre appui sur l’opinion publique et faciliter ainsi leur investiture. Mais, sitôt désigné, le candidat sera victime des mêmes causes : Soit il acceptera d’être sous contrôle du parti, se reniera donc… et perdra. Soit il s’y refusera… et perdra aussi.
Voila pourquoi s’en tenir à la simple rénovation du Parti socialiste, pourtant revendiquée à l’unisson, c’est consolider la machine à perdre. Car la seule rénovation de la plateforme programmatique, la redéfinition d’une ligne politique claire, la génuflexion devant les « réalités du marché », de la mondialisation et de l’individualisation seront vaines tant que n’aura pas été tranchée la question de l’adaptation même du Parti socialiste à la Ve République présidentielle. Autant que d’un déficit idéologique, le PS souffre d’un travers ontologique qui le rend inapte à agir dans un système politique fondé sur le présidentalisme.
Pour avoir une chance de remporter une élection présidentielle, le Parti socialiste devra donc repenser son rôle et adapter son fonctionnement à cette réalité.